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               <subject>Évolution</subject>
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            <article-title>Un portrait de Stephen Jay Gould</article-title>
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               <aff> Éditions Gallimard, 5, rue Sébastien Bottin, 75007 Paris, France</aff>
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            <copyright-statement>© 2003 Académie des sciences. Published by Elsevier B.V. All rights reserved.</copyright-statement>
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            <copyright-holder>Académie des sciences</copyright-holder>
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                        Full (PDF)
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         <abstract abstract-type="author">
            <p>En tant que traducteur et ami de Stephen Jay Gould, de 1982 à 2002, j’ai pu apprécier énormément ses qualités personnelles et humaines, ainsi qu'admirer le scientifique et le théoricien de haut niveau qu’il fut. </p>
         </abstract>
         <trans-abstract abstract-type="author" xml:lang="en">
            <p>
               <bold>A portrait of Stephen Jay Gould.</bold> From 1982 to 2002, as Stephen Jay Gould's translator and friend, I came to greatly value his personal qualities as a man, and admire him as a fine scientist and theorist. </p>
         </trans-abstract>
         <kwd-group>
            <unstructured-kwd-group>compassion, ironie, paradoxe, universalité, authenticité, Histoire, écriture, équilibres ponctués, théorie de l'évolution, paléoanthropologie, non-croyant</unstructured-kwd-group>
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            <unstructured-kwd-group>compassion, irony, paradox, universality, authenticity, History, writing, ponctuate equilibria, evolutionary theory, palaeoanthropology, agnosticist</unstructured-kwd-group>
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      <p>Je voudrais surtout dire ici comment Stephen Jay Gould m'est apparu, en tant que scientifique exceptionnel et en tant que personne humaine remarquable, pendant les vingt années, de 1982 à 2002, durant lesquelles j'ai eu des contacts personnels amicaux avec lui. À la suite de notre première rencontre en mai 1982, lors du colloque du CNRS de Dijon consacré aux équilibres ponctués, j'ai traduit de nombreux textes de Stephen, dont son célèbre article <italic>The spandrels of San Marco</italic> (écrit en collaboration avec Richard Lewontin) que la revue La Recherche a publié en décembre 1982 sous le titre de <italic>L'adaptation biologique</italic>
         <xref rid="BIB10" ref-type="bibr">[10]</xref>, ainsi que huit de ses ouvrages, le dernier paru étant Les pierres truquées de Marrakech <xref rid="BIB6" ref-type="bibr">[6]</xref>, en comptant celui sur lequel je travaille actuellement, <italic>La structure de la théorie de l'évolution</italic> (à paraître chez Gallimard) <xref rid="BIB9" ref-type="bibr">[9]</xref>, couronnement de son œuvre en même temps que son testament scientifique, livre pour lequel il m'a renouvelé sa confiance en m'écrivant expressément qu'il ne voulait personne d'autre que moi comme traducteur <xref rid="FIG2" ref-type="fig">(Fig. 2)</xref> .</p>
      <p>Je rappellerai tout d'abord quelques éléments de sa biographie. Stephen Jay Gould est né en 1941 à New York dans le quartier de Queens, dans une famille d'immigrants juifs hongrois de seconde génération. Stephen a souvent évoqué avec nostalgie son heureuse vie d'enfant dans les rues de New York, ville pour laquelle il a toujours gardé une grande affection, revenant y habiter dans les dernières années de sa vie, après son deuxième mariage en 1995. Après des études auprès de professeurs comme Ernst Mayr et George Gaylord Simpson qui furent les fondateurs de cette théorie de l'évolution du vingtième siècle, que l'on a appelé la « Synthèse moderne, » il fut nommé professeur de géologie et de zoologie à l'université Harvard à partir de 1967, conservateur des invertébrés fossiles au « Museum of Comparative Zoology » de cette même université, puis simultanément, à partir de 1996, professeur de biologie à l'université de New York. Enfin, dans les dernières années de sa vie, de 1998 à 2001, il fut élu président de la puissante association américaine pour l'avancement de la science, qui publie Science, le journal de publication scientifique primaire bien connu de tous les scientifiques.</p>
      <p>En ce qui concerne les traits de sa personnalité qui m'ont frappé, je n'oublierai jamais la façon qu'il avait souvent de regarder les gens et les choses autour de lui, avec cette profonde intensité scrutatrice qu'ont les grands créateurs (pensez au regard de Picasso, par exemple), expression qui se mêlait chez lui d'une légère pointe de défi et d'ironie amusée et compatissante (voir <xref rid="FIG1" ref-type="fig">Fig. 1</xref>  ci-joint). Dans ce regard, c'était les différentes facettes de sa personnalité qui s'exprimaient.</p>
      <p>La compassion : c'est peut-être la bonté, la gentillesse qui le caractérisaient le plus en tant qu'être humain attentif aux autres, à tous les autres. Ce trait de son caractère fut sans doute parmi les ressorts qui le poussèrent à militer contre l'injustice sociale (et plus spécialement contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis), un autre ressort crucial étant aussi une culture politique précoce, fournie par le contexte familial, son père s'étant engagé dans les mouvements de gauche anti-fascistes dans l'entre-deux-guerres. Ses lecteurs attentifs savent bien qu'il ne s'est jamais écarté de cette ligne dans ses écrits, revenant sans cesse sous bien des façons différentes à son souci de la démocratie.</p>
      <p>La lueur de défi et la pointe d'ironie amusée dans son regard : ses lecteurs attentifs n'auront également pas manqué d'être frappés par la fréquence, sous sa plume, de l'emploi du mot « ironie » et de l'invocation des paradoxes. Manifestement, c'était là un trait fascinant de son caractère : il aimait les idées non conventionnelles, les idées qui dérangent, qui invitent à se remettre en question… Là encore, c'est la marque du créateur, et plus exactement, de l'audace de pensée du créateur, car peut-on créer sans oser bouleverser les façons de voir établies ? Ses trois apports scientifiques personnels les plus importants (outre sa révision du darwinisme), le rôle évolutif des hétérochronies du développement, les équilibres ponctués et la sélection hiérarchique, sont incontestablement issus de ce goût pour les idées non conventionnelles. N'est-il pas révélateur que, dans les premières lignes de son tout premier ouvrage théorique <italic>Ontogeny and Phylogeny</italic>
         <xref rid="BIB3" ref-type="bibr">[3]</xref>, il écrit : « Je suis bien conscient de m'attaquer à un sujet qui a mauvaise réputation actuellement …. » ? Comme autres idées dérangeantes, je citerai encore, en deux mots, sa critique, dès ses premiers travaux personnels (en 1965), du concept d'uniformitarisme de Lyell, ou bien son intérêt, dès 1980, pour la proposition alors inouïe (mais à présent confirmée) d'Alvarez, d'une collision de la Terre avec un astéroïde, à la fin du Crétacé, collision qui aurait précipité la fin des dinosaures.</p>
      <p>Quant à la profondeur et l'intensité du regard scrutateur, ce trait correspondait, entre autres, à sa passion de tout connaître et de tout comprendre. Esprit universel, il se réfère dans ses écrits aux sources les plus variées des sciences, des arts et des littératures. Et ce même besoin d'universalité le faisait aussi s'intéresser, dans la vie quotidienne, aux choses également les plus diverses, depuis ce sport populaire aux États-Unis qu'est le base-ball, jusqu'au chant choral (il était membre d'une chorale de Boston), à l'œuvre de Marcel Duchamp (il avait fondé, avec sa deuxième femme, Rhonda Shearer, un laboratoire de recherches sur l'art et la science) <xref rid="BIB11" ref-type="bibr">[11]</xref> and <xref rid="BIB15" ref-type="bibr">[15]</xref>, et à la collection de livres et d'objets anciens appartenant à l'histoire de la paléontologie (il possédait des spécimens originaux de la plupart des grandes œuvres des XVI<sup>e</sup> au XVIII<sup>e</sup> siècle dans ce domaine).</p>
      <p>Cette dernière passion illustre d'ailleurs un autre aspect fascinant de la personnalité de Stephen : le goût de l'authentique, goût qui le poussait aux quatre coins du monde, par exemple pour aller voir de ses yeux les sites paléontologiques ou historiques importants. Ce goût de l'authentique était d'ailleurs fréquemment couplé chez lui au besoin poignant de se sentir en continuité historique avec les personnages ayant compté dans l'histoire intellectuelle de l'humanité : il attachait une très grande valeur au fait de posséder la carte de visite de Darwin ou bien un jeu d'épreuves des planches géologiques de Lavoisier, sur lequel il pouvait effleurer de ses doigts la signature du savant français...</p>
      <p>La recherche de ces marques de continuité avec des personnages historiques m'amène évidemment à parler de cette facette supplémentaire de la personnalité de Stephen, son goût général et profond pour l'histoire, qu'il s'agisse de l'histoire des idées ou de l'histoire des sciences, de l'histoire géologique de la Terre ou des autres planètes du système solaire, ou encore, bien sûr, de l'histoire de la vie, c'est-à-dire de l'évolution. En histoire des sciences, il était fier, comme il me l'a écrit (voir lettre du 19 avril 2001, <xref rid="FIG2" ref-type="fig">Fig. 2</xref>), d'avoir fait une découverte « assez importante » à propos de Lamarck, ayant pu consulter un manuscrit inédit de ce dernier, où des notes et un dessin montraient que l'évolutionniste français avait amorcé une démarche qui devait le conduire à échanger sa conception linéaire originelle de l'évolution contre une conception polytomique, se rapprochant ainsi des arbres phylogénétiques de Darwin qui ont prévalu par la suite (Stephen explique cela en détail dans le chapitre 6 <italic>des Pierres truquées de Marrakech</italic>, Seuil, <xref rid="BIB6" ref-type="bibr">[6]</xref>).</p>
      <p>Mais le goût pour l'histoire, c'était aussi le goût de raconter des histoires, et donc d'écrire (300 essais et 22 livres). Je me bornerai à illustrer ce vaste sujet par ses lignes qu'il m'a adressées (voir lettre du 19 avril 2001, <xref rid="FIG2" ref-type="fig">Fig. 2</xref>), en réponse à ma lettre dans laquelle j'évoquais le cas de Rimbaud décidant brutalement à l'âge de vingt ans d'arrêter à jamais d'écrire. Stephen avait choisi d'arrêter en janvier 2001 sa série d'essais publiée mensuellement depuis 1974 dans <italic>Natural History</italic>, par une décision mûrie de longue date, et son cas n'avait donc rien à voir avec celui de Rimbaud, n'impliquant nullement qu'il allait arrêter d'écrire, comme il me le précisa dans sa lettre. Quelques semaines avant sa mort, il avait remis à son éditeur, Harmony Books, le manuscrit de son tout dernier livre, une réflexion sur la dichotomie, illusoire et néfaste, à ses yeux, au nom de laquelle on sépare, dans les catégories du savoir, les sciences et les lettres, livre qui allait être publié de façon posthume au printemps 2003 <xref rid="BIB8" ref-type="bibr">[8]</xref>. À peu près au même moment où il remettait ce manuscrit, il avait déclaré, dans une interview au <italic>New York Times</italic>
         <xref rid="BIB14" ref-type="bibr">[14]</xref>, publiée elle aussi de façon posthume, qu'il avait encore deux gros livres théoriques à écrire dans les vingt ans à venir, l'un sur les tendances évolutives, l'autre sur l'histoire précoce de la paléontologie entre le XVI<sup>e</sup> et le XVIII<sup>e</sup> siècle (ce dernier serait le travail qu'il prévoyait de faire durant sa retraite).</p>
      <p>Avant d'évoquer son personnage de scientifique exceptionnel, je voudrais encore mentionner que, dans cette même lettre du 19 avril 2001, Stephen m'a révélé l'influence qu'avait eu sur lui Jean-Paul Sartre, notamment dans son éveil à la notion de contingence, et souligné qu'il avait l'intention de relire <italic>La nausée</italic>, qui était l'un de ses ouvrages favoris (il avait pour principe de toujours revenir aux sources, c'est-à-dire aux ouvrages fondateurs, pour bien saisir les concepts philosophiques ou scientifiques, tels qu'ils ont été formulés à l'origine).</p>
      <p>La maladie et la mort l'ont malheureusement empêché de le faire, et puisque j'évoque sa fin, je tiens à souligner qu'il a toujours été non croyant, comme il le déclara encore en mars 2002, deux mois avant son décès, alors qu'il se savait peut-être condamné, dans l'un des derniers textes qu'il ait écrit, une préface à un recueil des meilleurs essais d'auteurs américains publiés dans l'année 2001 <xref rid="BIB5" ref-type="bibr">[5]</xref>.</p>
      <p>En tant que scientifique exceptionnel, j'ai été frappé <xref rid="BIB1" ref-type="bibr">[1]</xref> and <xref rid="BIB2" ref-type="bibr">[2]</xref>, dès l'origine de notre rencontre, par la largeur de ses vues, c'est-à-dire non seulement par la nature encyclopédique de ses connaissances (dont il ne faisait jamais étalage, autre trait remarquable), mais aussi par le fait qu'il a toujours été conscient que les idées et les connaissances scientifiques s'élaborent dans un contexte social et historique donné. C'est cela qui donnait leur cachet, leur « hauteur de vue » à nombre des 500 articles scientifiques qu'il a écrits au cours de sa carrière.</p>
      <p>Stephen m'a paru un scientifique exceptionnel dans le cas des équilibres ponctués, en ce qu'il a su voir ce que la plupart de ses collègues n'avaient pas vu (à l'exception de quelques-uns, et en premier lieu de Niles Eldredge, bien sûr) ou plutôt en ce qu'il a eu le courage d'affirmer ce que tous les paléontologistes savaient, mais n'osaient dire, à savoir que les espèces ne sont pas continuellement en train de se transformer au fil des temps géologiques, comme le postulait le darwinisme ou la théorie synthétique, mais connaissent le plus souvent des périodes prolongées de stase évolutive. En fait, il est maintenant admis, notamment depuis les travaux extrêmement précis sur les bryozoaires, dans les années 1990, d'un élève de G.G. Simpson qui était au départ opposé à la théorie des équilibres ponctués, Alan Cheetham, que ceux-ci représentent bien, dans de nombreux clades, la modalité la plus fréquente de l'évolution telle qu'elle se lit dans les archives géologiques <xref rid="BIB7" ref-type="bibr">[7]</xref>, <xref rid="BIB12" ref-type="bibr">[12]</xref> and <xref rid="BIB13" ref-type="bibr">[13]</xref>.</p>
      <p>Stephen m'est aussi apparu un scientifique exceptionnel par son audacieuse ambition, affichée très tôt après le lancement des équilibres ponctués, de repenser, sur cette base, la théorie de l'évolution. C'est ce qu'annonçait son article de 1980, intitulé <italic>Une nouvelle théorie générale de l'évolution est-elle en train d'émerger ?</italic>
         <xref rid="BIB4" ref-type="bibr">[4]</xref> et c'est à cette nouvelle théorie qu'il a travaillé, à l'instar de Darwin, son héros et modèle intellectuel, comme il disait, pendant plus de vingt ans pour rédiger <italic>The Structure of the Evolutionary Theory</italic>, un volumineux ouvrage de 1433 pages, qui offre une véritable refondation de la théorie de l'évolution, dépassant et élargissant, sans la nier, la vision darwinienne qui était au cœur de la Synthèse moderne. L'apport de Stephen, pour lequel il a déjà reçu le soutien de grands théoriciens, comme Ernst Mayr lui-même, et George C. Williams, me semble donc être au moins aussi important que les grands textes fondateurs de la Synthèse moderne, et probablement, par la profondeur de son analyse des bases logiques de toutes les théories de l'évolution depuis le XIX<sup>e</sup> siècle jusqu'à nos jours et par l'ampleur de la synthèse des données obtenues ces trois dernières décennies en paléontologie et en génétique du développement, l'apport le plus important à la théorie de l'évolution qui ait été fait depuis Darwin.</p>
      <p>Et sans aucun doute, ce sera la paléoanthropologie qui bénéficiera le plus de cette révision de la théorie darwinienne de l'évolution. Stephen donne de nombreux indices dans son « opus magnum » sur la façon dont ses conceptions peuvent apporter de nouvelles lumières dans l'interprétation des données paléo-anthropologiques, qui sont de plus en plus embrouillées actuellement, comme on sait.</p>
      <p>Pour conclure, je mentionnerai encore un trait frappant de la personnalité de Stephen Jay Gould. Il était absolument hanté par cette angoisse, que nous partageons tous sous une forme ou sous une autre, de savoir s'il restera quelque chose de nous après notre mort. En tant que non croyant et auteur, il plaçait ses espoirs dans l'éventualité de la persistance de son œuvre. S'il pouvait nous lire, il serait rassuré : il ne fait aucun doute que sa révision de la théorie darwinienne de l'évolution va représenter une base de travail et de recherches pour de nombreuses générations d'évolutionnistes à venir. Il me semble que la réflexion suivante, exprimée dans l'une de ses dernières lettres par Antoine Lavoisier, l'un des scientifiques que Stephen admirait le plus et mort précocement comme lui (mais pour d'autres raisons, bien sûr), aurait pu être écrite par lui, avec sa modestie coutumière : « Je pense qu'on se rappellera de moi avec quelques regrets, et peut-être laisserai-je une certaine réputation derrière moi. »</p>
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               <article-title>Les théories de l’évolution aujourd’hui</article-title>
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      <fig id="FIG2">
         <label>Fig. 2</label>
         <caption>
            <p>Fac-similé lettre Une lettre de S.J. Gould à M. Blanc (19 avril 2001).</p>
            <p>Fig. 2. Facsimele letter. S.J. Gould's letter to M. Blanc (19 April 2001).</p>
         </caption>
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      </fig>
      <fig id="FIG1">
         <label>Fig. 1</label>
         <caption>
            <p>Photo de S.J. Gould, prise en 1991 par Ulf Andersen (Agence Gamma et Éditions du Seuil).</p>
            <p>Fig. 1. Photo of S.J. Gould by Ulf Andersen in 1991 (Agence Gamma and Éditions du seuil).</p>
         </caption>
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